www.pi314.net


Histoire
Mathématiciens
Toutes les formules
Approx. numériques
Programmes
Algos perso/divers
Décimales
Poèmes
Articles/vidéos
Délires !
 Pi-Day
Images/Fonds
Musique
Liens sur Pi
Bibliographie



Boris Gourévitch
L'univers de Pi - V2.57
modif. 13/04/2013



Pi-Day dans
Pi Day Countdown
Google
Accueil Historique/Actu (Pi, site, moi) Edito Livre d'or Pages en .pdf Je me présente Quelques photos Remerciements Page des nets d'or Sites qui m'indexent Derniers changements Contact

page d'accueil



L'Edito
Octobre - Novembre - Décembre 2002


D'autres photos de votre serviteur

Les anciens éditos pour les nostalgiques...
avril 2000, mai/juin 2000, juillet/août 2000, septembre/octobre 2000, novembre/décembre 2000, janvier/février 2001, mars/avril 2001, mai/juin 2001, juillet/aout/septembre 2001, octobre/novembre/décembre 2001, janvier/février/mars 2002, avril/mai/juin 2002, juillet/aout/septembre 2002


Bonjour à tous !

Ahhh, l'automne, les longs mois d'hiver... voici une période bien propice... pour faire avancer le site ! Ben oui, lorsque je regarde rétrospectivement mon activité de ces dernières années concernant "l'Univers de Pi", force est de constater une nette baisse de forme durant la chaleur estivale. Ce ne sont pas tant les projets qui manquent que la volonté et le temps de les concrétiser. Pour les quelques fidèles lecteurs de cet édito, cela paraitra être un refrain courant, mais il est pourtant vrai. Mon véritable projet, celui que je chéris au plus profond de mon coeur, mais qui est aussi un des plus irréalisables en l'état actuel des choses, c'est la traduction du site en anglais. Allez, vous l'aurez compris depuis le temps, ce projet s'inscrit dans la vocation de ces pages, qui était bien entendu de devenir une référence sur le web ! Un habile moyen en outre de faire croire à certains que je suis mathématicien :-)
En réalité, je ne suis qu'un pauvre amateur surnageant, comme plusieurs centaines de milliers de gens à travers le monde, qui s'émerveillent devant les prodiges de leurs idoles favorites - Erdös, Wiles, Chudnovsky, Plouffe, etc... - quelques noms qui ressortent parfois dans une petite fenêtre médiatique à la faveur d'une temporaire prise de conscience de l'opinion publique qu'il existe certaines personnes qui sont à la pointe d'une des directions de la connaissance humaine, même si cela fait longtemps qu'elle ne sait même plus expliquer ce qu'ils font. C'est donc une sorte de "déculpabilisation" périodique si l'on peut dire. Je revois encore l'embarras des journaux télévisés pour annoncer que notre brillant Laurent Lafforgue avait obtenu la médaille Fields pour ses travaux intitulés "Chtoucas de Drinfeld et correspondance de Langlands", et dont le résumé précise tout à fait sérieusement qu'elle "démontre la correspondance de Langlands pour GLr sur les corps de fonctions" ! Comme l'indique un article du Monde, "A lui seul, ce libellé reflète bien le caractère hermétique des travaux de pointe en mathématiques.". Cela dit, cet article du Monde, que je vous invite à aller consulter, est un rare modèle de pédagogie, il ose franchir le pas et arrive presque à nous faire toucher du doigt les travaux de Lafforgue. Ce n'est cependant qu'une douce illusion... :-)
Mais pour le commun des mortels, ces matheux du quotidien, dont la passion est assez forte pour s'affranchir de l'incompréhension qui règne souvent autour d'eux, point d'espoir de percer, point de discussions possibles sur le dernier théorème en cours au milieu du repas, juste le plaisir de la fascination mathématique. Un plaisir souvent personnel par obligation, et qui par là même pousse beaucoup de gens à échanger leurs idées sur le web.
Alors donc, je voudrais vous parler un petit peu de cette communauté de l'ombre, qui fait aussi vivre les mathématiques au quotidien, et à laquelle on ne rend que très rarement des hommages. Je ne sais pas s'il existe une discipline scientifique qui connaisse d'ailleurs un tel phénomène !
Bon, bien entendu, moi je suis un petit nouveau, ce que je vais dire n'a aucune valeur de référence ni même d'exhaustivité, ce sont juste des impressions recueillies depuis trois ans, depuis que j'épuise les processeurs de mes machines en d'interminables calculs, depuis que les correspondances affluent, pleines d'un enthousiasme parfois naïf mais toujours sincère, pleines d'un émerveillement qui fait plaisir à voir ! Les personnes dont je vais parler se reconnaitront probablement en partie si elles lisent cet édito, quoique tout ceci soit fait de bon nombre de cas, mais ce n'est point pour les mettre dans l'embarras que j'écris cela, j'espère plutôt leur rendre un vibrant hommage car je les apprécie énormément ! Ce sont elles qui me "bottent le cul" tout au long de l'année lorsque le blues m'envahit quelque peu, lorsque les choses m'échappent de plus en plus. Et réciproquement...
Ils sont ainsi certains des professeurs de mathématiques, assez brillants pour faire de la recherche en mathématiques si leur parcours n'était pas passé par tant d'enseignement, ou que les rouages du systèmes éducatifs supérieur leur avaient donnés de meilleures chances de réaliser des thèses et des collaborations au moment de leurs plus brillantes inspirations. Ce sont des gens qui me semblent à l'aise dans beaucoup de domaines, des gens vers qui l'on se retourne souvent lorsqu'une démonstration semble compliquée, lorsque les idées ou la technique manquent. Des gens qui ne sont peut-être pas passés loin de quelque chose de formidable, mais en avaient-ils seulement véritablement envie ? Ne préfèrent-ils finalement pas cultiver leur curiosité parallèlement à leur enseignement ?
Et puis il y a vraiment ceux qui s'ennuient, terrés dans leur collège, souvent sur-compétents pour leur charge, mais que le système de l'agrégation ou le parcours personnel ont éloigné des lumières de la rampe. Alors la quarantaine passée, revenus de beaucoup de choses, ils s'échappent dès qu'ils ont un moment de leur frustration pour parcourir le web à la recherche d'une idée, ils envoient leurs propres remarques à quelques grands noms en espérant une petite miette d'attention ou même une réponse excitante... J'en connais plusieurs, dont un très gentil en Espagne.
Il y a aussi les étudiants comme moi, qui ne peuvent oublier ce qu'ils ont vécu en prépa ! N'ayant pas réussi ou pu accrocher le parcours professionnel de leur rêve, ou alors s'en défiant par peur d'une lassitude inexorable, ils travaillent dans une branche intéressante qu'ils n'auraient jamais imaginé encore deux ans auparavant, mais qu'importe finalement. A l'heure où certains préfèrent croquer la vie à pleine dents, ils en profitent eux pour élargir leur horizon tant que c'est encore possible, avec la pensée un peu nostalgique qu'ils auront à peu près tout oublié dans une dizaine d'année. Et tapis dans l'ombre, ils mènent une existence parallèle, quasi invisible pour leurs amis, qui ne comprennent d'ailleurs pas bien ce qu'ils peuvent faire de leurs soirées :-)
Il y a aussi les ingénieurs fous, qui ont réussi il y a une quinzaine d'année de brillantes études dans une Grande Ecole, et qui n'ont jamais vraiment décroché ! Toujours au courant des choses dans leur domaine de prédilection, ils hantent les forums de maths où la moindre question un tant soi peu intéressante déclenche chez eux une avalanche d'idées originales de démonstrations, tant leur maitrise technique s'est affinée au cours des années. Si vous entrez en correspondance avec eux à la faveur d'une petite curiosité lancée imprudemment sur un forum, c'est parti pour une dizaine de mails dans la soirée, avec dans chacun d'eux une nouvelle réflexion corrigeant le mail précédent, et une référence sur le problème en question. Bien sûr, vous imaginez tout sur leur compte, mais vous ne savez jamais vraiment ce qu'ils font dans leur vie, ce sont quelques gourous comme cela, dont le carnet d'adresses est aussi long qu'une démonstration d'Andrew Wiles !
Il en est aussi quelques uns qui n'y croyaient plus vraiment.... Ils étaient passé en prépa sans vraiment adhérer à l'esprit, étaient partis au fin fond d'une Ecole puis avaient d'une certaine manière un peu rangé au placard leur formation théorique initiale. Tranquillement installés et surfant un peu au hasard, c'est un jour au détour d'un site, d'une petite formule, d'une curiosité intrigante, que la petite flamme s'est rallumée. D'abord faible, doublée de quelques idées vagues tournant en rond dans leur esprit et essayant de faire émerger tant bien que mal le petit tas de neurones où étaient rangées dans un coin de poussiéreuses mathématiques. Au bout de quelques mois, et si ils ont trouvé un correspondant enthousiaste, c'est l'explosion ! Délaissant tout à coup le film familial du dimanche soir au risque de l'incompréhension familiale, ("bon, chéri, t'arrête avec ton ordi, là ?") ils se réfugient dans les bouquins qu'ils dévorent de nouveau en quelques jours, remplissant de formules et d'idées des dizaines de brouillons et testant inlassablement leurs plus extravagantes intuitions sur la moindre calculette qui traine ! Ah, quel plaisir, mais en même temps aussi la certitude qu'ils ne pourront jamais revenir dans le circuit de la recherche, et que seule leur passion, leur fascination des maths et quelques correspondants tout aussi fous les maintiennent en hyper-activité !
Enfin il y a le collégien ou le lycéen, voire parfois l'élève de prépa, en pleine découverte des maths et de cette fabuleuse construction qui se replace un peu plus chaque jour dans leur esprit. Un univers de formules qu'ils ne comprennent pas encore vraiment, mais dont leur curiosité sait déjà discerner la forme, et dont les questions sont souvent étonnantes d'intuition. Un bel enthousiasme, souvent très changeant. Le jour d'après, les voici repartis vers de nouvaux étonnements au fil d'un bouquin ou d'un site web. On les reverra peut-être dans quelques années !
Oh, j'en oublie certainement beaucoup, ce sont toutes des caricatures probablement un peu faciles, mais peut-être pas si éloignées de la vérité finalement :-)
Pour tous ces gens là, pas de revue vraiment spécialisée, pas de support officiel pour leur folie, juste un formidable réseau, l'internet et quelques sites web et thèmes fédérateurs, comme le nombre Pi. Les mails affluent tout au long de l'année, les idées s'échangent, les humeurs varient, et au cours du temps, les liens s'approfondissent. On parle avec eux de choses différentes d'avec les proches, comme si le simple fait de ne jamais les avoir rencontrés en chair et en os parfois permettait finalement d'oser plus facilement, d'échanger son état d'esprit de la seconde ou de la période, sans rendre de compte.
Il est alors temps de replacer les premières phrases de cet édito dans leur contexte. Ce que j'ai toujours voulu pour mon site ? Une référence, oui, certainement, un rêve associé, probablement, quelques encouragements de mathématiciens, sûrement. Mais avant tout un lieu pas forcément promis à ceux que l'on croit, pas nécessairement cantonné à ceux dont le savoir ou les capacités reconstruisent déjà tout cet univers presque trop vite. Surtout un lieu pour faire le lien entre tous les passionnés, ce plus grand dénominateur commun, et un objectif : que les visiteurs d'aujourd'hui soient un peu les contributeurs de demain. Pour que la cause de Pi ne dépende pas uniquement des publications d'"Experimental mathematics" ou "American Mathematical Monthly".
Oui, je sais, j'arrête là l'envolée lyrique, mais avouez que tout ce petit monde le mérite, non ?

Boris


A bientôt pour de prochaines aventures au pays de Pi le merveilleux (environ tous les trois mois).
Salut !

 

 

 

 


retour à la page d'accueil